Le droit pénal américain
AVANT-PROPOS
Le but de ce document est de
fournir une première approche du droit pénal américain à tous
ceux qui s'intéressent à la peine de mort aux États-Unis.
L'un des éléments clés pour aborder ce problème sous l'angle
juridique est de le situer dans son contexte général. Les
informations qui y sont contenues pourront donc souvent paraître
très éloignées du problème de la peine de mort.
Cependant, il n'est plus à démontrer que tout savoir, s'appuie,
prend racine, sur un savoir plus profond et que toute acquisition
présuppose une acquisition antérieure. Enfin, bref, que
beaucoup de connaissances peuvent se modéliser selon une
structure en couches.
Ce document participera très modestement à la couche sur
laquelle s'appuie celle qui décrit le savoir sur la peine de
mort aux États-Unis.
"Le droit pénal américain", PUF, collection Que
sais-je?, J. Cedras (je précise que j'ai vainement tenté de
le joindre afin de lui demander l'autorisation d'utiliser son
livre) et l'Encyclopédia Universalis sont les 2 documents
de base qui ont servi à la rédaction de cette synthèse.
Initialement, il se voulait un résumé du livre de J. Cedras
puis au fur et à mesure de son élaboration, il devenait un résumé
centré sur la peine de mort pour finalement s`etoffer des thèmes
qui en étaient éloignés mais dont l'évocation était nécessaire
à sa cohésion.
Au final, le résultat n'est ni un résumé au sens académique
et encore moins un commentaire ( je suis absolument étranger
tant par ma formation que par mes intérêts au monde juridique),
nous dirons que nous avons là une "synthèse très inégale".
Espérons que je ne donne pas là une définition du N'importe
Quoi !!!!
Le droit pénal américain fait, bien entendu, partie du droit américain. Suivant le propos de Montesquieu, les institutions américaines pratiquent la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.
La Constitution américaine
Promulguée en 1787, elle régit l'organisation des institutions américaines ; fédérale, elle définit les rapports entre l'État fédéral et les États.
On rappellera que chacun d'eux dispose de sa propre Constitution, de sa propre Cour suprême seule habilitée à l'interpréter et de son propre gouvernement à la tête duquel on trouve le gouverneur de l'État. De cette forte autonomie découle le fait que les États déterminent leur propre système judiciaire.
L'exécutif
Il est assuré par le gouvernement mais surtout par le président qui a pour charge :
- d'assurer l'unité nationale ;
- la direction des Affaires extérieures ;
- la responsabilité de la Défense. Il ne peut dissoudre le Congrès. Le gouvernement est garant de l'application des lois. De par les pouvoirs du Président, le régime américain est qualifié de présidentiel.
Le législatif
Ce pouvoir est confié au Congrès qui est constitué de deux chambres :
le Sénat: 2 membres par États élus pour 2 ans et renouvelables par tiers composent cette chambre ; la Chambre des représentants: 435 membres élus pour 2 ans répartis proportionnellement à la population de chaque État. Le Congrès peut "renverser" le Président par la voie juridique de l'impeachment.Le pouvoir judiciaire
C'est le "pouvoir des pouvoirs" car on rappellera que c'est la Cour Suprême qui est l'interprète authentique de la Constitution. Ce rôle prestigieux lui a déjà permis dans le passé de s'immiscer dans le pouvoir politique lorsque l'exécutif et le législatif s'avéraient incapables de prendre des décisions.
Le pouvoir judiciaire imprime le fond idéologique des institutions américaines.Le droit pénal américain comprend le droit de fond, l'organisation pénale ayant trait à la police et à la juridiction enfin la procédure qui décrit les différentes étapes allant de la constatation des faits aux voies de recours en passant par le jugement.
Contrairement au droit régissant les échanges économiques interétatiques, le droit pénal américain échappe à toute unification.
Chaque État dispose de son propre droit pénal et est très attaché à cette autonomie ; on trouve ainsi une dizaine de systèmes qui cohabitent. Les raisons du maintien de cette disparité sont historiques.
En effet, cette méfiance vis-à-vis de tout pouvoir centralisateur prend sa source dans la guerre d'indépendance qui était une guerre d'autonomisation par rapport au centre (la Grande Bretagne) ; dans ce contexte on comprendra immédiatement l'attachement des États à leur autonomie doit être entendue au sens large et donc aussi au sens judiciaire.
A côté du droit des États, il y a certes un droit pénal fédéral dont le champ d'application est celui des infractions fédérales et interétatiques, mais il ne traite que 2% de la masse de la criminalité!!
L'organisation de ce document suivra le découpage suivant :
Nous verrons successivement l'organisation pénale fédérale et étatique. A l'intérieur de ces différentes parties seront présentés la défense, la poursuite, les juges et les juridictions puis la police et les jurys.
Défense et poursuite fédérales
La défense
Les acteurs de la défense et de la poursuite sont les lawyers (ou attorneys) qui sont des juristes professionnels. En général, un lawyer fédéral doit avoir exercé devant la Cour Suprême de son État.
Dans un pays où la pauvreté touche une partie importante de la population, la défense des indigents mérite de s'y arrêter.
Les critères de l'indigence sont fixés par les juridictions. Comme, par ailleurs, le VIième amendement de la Constitution pose comme un droit, le droit à l'assistance d'un avocat, le système pénal américain proposera donc un système de défense pour les indigents. On en distingue 2 :
Elle est le fait des attorneys qui rédigent l'acte d'accusation.
Organisation et compétences
Le parquet fédéral est organisé hiérarchiquement. Selon l'ordre décroissant de cette hiérarchie :
Comme pour la poursuite
fédérale, elle est composée d'attorneys dont l'un des
rôles est la rédaction de l'acte d'accusation. On
trouve principalement :
On distinguera les juges des United States Magistrates ( US magistrates ) .
Les juges fédéraux
Les juges fédéraux exercent dans des juridictions fédérales .
Leur sélection se déroule en 2 étapes :
Les US magistrates sont nommés par les United States District Courts sur recommandation d'une commission interne. Les candidats éligibles doivent avoir exercé pendant un minimun de 5 ans auprès de la Cour la plus élevée de leur État. Ce sont des juges non professionnels de rang inférieur aux juges fédéraux.
Celles ci ont été établies
par la Constitution et le Judiciary Act. On distinguera
les Cours constitutionnelles et les Cours législatives.
Les Cours législatives
Les principales sont la Cour fédérale des appels militaires et les Cours territoriales
Les Cours constitutionnelles
Ce sont les United States District Courts, les United States Court of appeals et la Cour Suprême des Etats Unis.
Les United States District Court
Exception faite de l'appréciation de la constitutionnalité fédérale d'une loi étatique, elles siègent à juge unique. Elles peuvent aussi nommer un US Magistrate pour le jugement de misdemeanors qui sont les infractions qui encourent une peine de moins de 1 an d'emprisonnement ou de moins de 1000$ d'amende, et des petty offenses qui sont les infractions encourant moins de 6 mois de prison ou 500 $ d'amende maximum. L'accusé doit avoir préalablement renoncé à son droit constitutionnel, posé par le VIième amendement, d'être jugé par un jury.
Le domaine de juridiction de ces Cours est composé :
Organisées en circuit (12
couvrent l'ensemble du territoire), ces Cours d'appeal
sont dirigées contre les décisions des United
States District Courts en premier appel. Ce ne sont pas
des Cours d'appel mais d'appeal : seuls les points de droits sont
examinés et donc les faits nouveaux ainsi que les
argumentations orales ne sont pas admis.
L'audience exige un quorum de 2 juges dont le nombre peut
varier de 4 à 24.
C'est la plus élevée. Son domaine est judiciaire, administratif et constitutionnel.
Sa composition
Elle est composée de 9 juges (ou justices ) dont :
Ses modes de saisine .
On en trouve 2 :
La decision de la Cour peut être influencée par:
Son mode de décision
La décision (opinion) est acquise à la majorité
simple avec un quorum de 6 juges. La décision de la Cour
peut s'accompagner de commentaires des différents
justices :
Ce sont des lawyers, il
sont recrutés selon 3 modes :
3 procédures distinctes
permettent de sanctionner un juge :
Elles se laissent décrire selon un modèle en couches, on les énumerera de la plus basse à la plus haute.
Les Cours de juridiction limitée (magistrate Court)
Elles sont composées d'un juge élu ou nommé ( le magistrate ) non nécessairement lawyer. Leur domaine de compétence est celui des petty offenses et des misdemeanors (avec l'accord de l'accusé). Elles initient aussi la procédure en matière de felonies.
Les Cours de juridictions générales (trial Court)
Un seul juge qui doit être lawyer y siège, assisté d'un jury si la Constitution locale ou fédérale l'exige. Leur domaine de compétence est le jugement des felonies et des appels (réexamen des faits et du droit, différent donc des appeals) rendus par le juge d'une magistrate Court .
De plus, c'est même un droit constitutionnel lorsque le magistrate qui a rendu le jugement n'était pas lawyer.Les Cours d'appel intermédiaires (intermediate appeals Courts )
Ce sont des Cours qui traitent en appeals les jugements rendus par les trial courts . 3 juges y siègent sans jury ni témoins.
Les Cours de dernier ressort (Suprême Court)
Dans les États où il n'existe pas de Cours d'appel intermédiaires, elles sont saisies du premier appeal des jugements des trial Courts. Leur saisine est discrétionnaire. En plus du pouvoir de sanction sur les juges et le barreau, elles sont les garantes de la cohérence du droit et émettent des règles de procédure ( Court rules) qu'elles sont en charge d'appliquer ou de faire appliquer par les Cours.
On distingue 3 ordres
juridiques : la municipalité, l'État (qui appartiennent
à un seul souverain, l'État) et la fédération (qui
appartient à un souverain distinct, l'État fédéré).
La Constitution interdit le double jeopardy i.e.
la poursuite, pour un même fait, par deux ordres
juridiques différents mais appartenant à une même
souveraineté. Par exemple, une Cour municipale ne peut
poursuivre un citoyen pour des faits pour lesquels il est
déjà poursuivi devant une Cour de district.
Il existe 3 exceptions à l'autonomie des juridictions
locales :
Ils forment les autres composantes du système pénal.
La police
Elle se caractérise par son nombre (20000) et sa variété ; son unification n'est pas à l'ordre du jour!!!
On compte au moins une police à chaque rang administratif (comté, municipalité, ...) sans relation hiérarchique d'où un chevauchement territorial très nuisible à son efficacité. Malgré cette diversité, on distinguera :
On distingue 2 grandes catégories de jury :
Le grand jury
C'est un organe d'accusation et d'investigation judiciaires. Il fonctionne en l'absence de juge, d'avocat et parfois même de la personne soupçonnée.
La sélection des jurés composant le grand jury
Elle se déroule en plusieurs étapes :
Il est différent selon qu'il est fédéral ou étatique.
C'est la loi ou la Constitution qui définit les felonies qu'il accuse. Il accuse souvent à la demande du district attorney. On le trouvera surtout dans les États situés à l'est du Mississipi.
Le droit d'y faire appel
pour une felonie fédérale de plus d'un an
d'emprisonnement est posé par le Vième
amendement.
Il est convoqué par les US district Courts et est composé de 16 à 23
personnes dont le mandat s'élève à 18 mois maximum.
C'est un organe de jugement. Son mode de sélection est identique à celui du grand jury. Il diffère selon qu'il est local ou fédéral.
Le petit jury étatique
L'accusé a le droit constitutionnel d'être jugé par un tel jury s'il encourt une peine de plus de 6 mois ou une amende de plus de 500$. S'il y renonce, il sera jugé par le juge.
Pour qu'une peine soit prononcée, une majorité de 3/4 est requise, sauf en matière de peine capitale.Le petit jury fédéral
Là aussi c'est le Vième amendement qui pose le droit à être jugé par un tel jury. Il est composé de 12 membres. L'unanimité est requise pour établir la culpabilité sous peine de recommencer le procès.
Principalement étatique, il relève essentiellement :
Les éléments constitutifs de l'infraction
Ils doivent être obligoirement présents pour qualifier un acte d'infraction.
La qualité de l'incrimination
Les possibilités de constitution d'une infraction sont limitées par :
Il s'agit de la "volonté de nuire". Il est clair que toutes les infractions ne requièrent pas le même degré d'élément moral. On dégage différents types d'infractions selon l'élément moral qui y participe.
Les infractions intentionnelles
A côté des infractions qui se classent selon qu'il y ait ou non recherche d'un résultat précis, le model penal code distingue par ordre de gravité :
On distinguera :
Selon les États, les peines encourues pour ce genre d'infractions sont très différentes même si la Constitution les légitime, cependant le model penal code ne reconnaît pas les fautes si elles encourent plus qu'une amende.
C'est l'acte conscient et voulu de l'infraction. L'omission ne peut fonder une infraction pénale sauf si la loi ordonne d'agir, dans les relations de famille, en présence d'une obligation contractuelle de sécurité et lorsque l'agent s'était unilatéralement engagé à agir.
Elle se définit comme un effort pour commettre une infraction sans que celle-ci ne soit consommée. C'est une infraction qui est punissable si elle satisfait un ou plusieurs des critères suivants :
Le commencement de l'exécution
Il se distingue de l'acte préparatoire qui n'est pas punissable mais la frontière entre les 2 n'est pas figée.
On retiendra 3 principaux critères pour établir la tentative :
Pour certaines
juridictions, le désistement spontané est une condition
pour rendre une tentative non constituée. Ces
juridictions sont celles qui exigent peu pour constituer
une tentative (cas du model penal code).
D'autres ne retiennent pas ce critère pour annuler une
tentative, ce sont celles qui exigent des critères plus
importants pour constituer une tentative.
Lorsqu'un agent utilise des moyens tels qu'il ne peut réaliser l'infraction, l'acte commis est logiquement une infraction. Cependant, il existe des cas où la tentative n'est pas reconnue si un élément indispensable à sa réalisation fait défaut en l'espèce.
Elles désignent les infractions commises à plusieurs et celles où plusieurs personnes se réunissent afin de planifier l'accomplissement d'une infraction (ou plusieurs). Cette dernière est la conspirancy qui se situe donc en amont de la tentative et sa sanction s'ajoute à celle prévue pour l'infraction projetée.
Définition du rôle des agents et répression
On distinguera :
La poursuite n'a pas à
démontrer que, sans l'agent, l'acte principal n'aurait
pu avoir lieu, il suffit que l'aide, même partielle,
soit établie.
Elle est souvent délicate à prouver, exception faite de
la complicité postérieure où tout acte substantiel
suffit.
Les Cours ont toujours 2 choix possibles : l'acquittement
ou la condamnation parfois lourde fondée sur une
culpabilité aux bases fragiles.
Il est constitué lorsque l'agent agit en sachant que l'auteur principal va
commettre une infraction et que son geste l'y aidera.
Certaines juridictions exigent, en plus, l'intention
d'aider.
Celles-ci sont partagées dans le cas où l'agent ne désire
pas la commission de l'infraction mais tire un bénéfice
de son aide. Dans ce cas, le
model penal code recommande
l'impunité.
Ici encore, les Cours ont le choix entre tout et rien.
C'est pourquoi certaines juridictions ont introduit la
notion de "facilitation criminelle" qui
consiste en la fourniture à autrui, en connaissance de
causes, des moyens de commettre une infraction ultérieurement
commise.
La facilitation criminelle est une
misdemeanor, excepté
pour un meurtre ou un enlèvement.
Ainsi est évacué le problème de la détermination de
la peine puisqu'on ramène la complicité à une
infraction aux sanctions connues.
Certaines juridictions excluent la complicité qui, pour elles, est toujours intentionnelle. D'autres la retiennent en fixant l'intentionnalité non pas sur l'infraction commise mais sur la réunion des conditions nécessaires à sa réalisation.
Elles est assurée au
complice qui se désiste. Le critère retenu par le
model penal code est
celui où le complice reprend l'objet qu'il a fourni.
La dénonciation en temps utile du projet à la police
est, bien entendu, aussi cause d'impunité.
La démence
De nombreux États se rallient à la définition du model penal code qui la qualifie en ces termes : est déclaré non pénalement responsable de ses actes celui qui, lors des faits, manquait de la capacité substantielle d'en apprécier la criminalité à la suite d'une maladie mentale ou d'une tare génétique.
Lorsque celle-ci est reconnue, de nombreux États suivent les recommandations du model penal code qui se prononce pour le placement d'office. Pour être jugé, un accusé ne doit pas être dément, démence ici entendue au sens de la Cour Suprême, comme incapacité à s'entretenir avec un avocat et à comprendre le procès.
Jusqu'en 1986, l'agent qui devenait dément après sa condamnation à la peine capitale ne pouvait être exécuté avant d'avoir recouvré la santé, ça n'est plus le cas par décision de la Cour SuprêmeLes causes d'impunité s'apparentant à des causes de non imputabilité
Les états d'intoxication
Seuls les états involontaires définis par le model penal code comme l'intoxication liée à l'ignorance de l'agent de sa vulnérabilité particulière au produit absorbé lui permettent d'être déclaré pénalement non responsable.
La contrainte
L'agent est déclaré pénalement non responsable lorsqu'il a agi sous l'emprise d'une force irrésistible. L'acte doit être accompagné d'une menace d'un mal imminent qui frapperait l'agent s'il ne commettait pas l'acte.
Dans la plupart des États, cette cause ne s'applique pas en présence d'un homicide intentionnel ou d'une faute préalable de l'agent contrairement aux recommandations du model penal code .La minorité
Dans la majorité des États, la majorité pénale s'acquiert entre 7 et 14 ans. Il existe aussi des juridictions non pénales pour mineurs.
L'erreur
Elle détruit l'élément moral si elle porte sur un élément essentiel à l'infraction.
Les causes d'impunité qui s'apparentent à des faits justificatifs
L'état de nécessité
Le model penal code exige que le dommage évité soit plus grand que celui causé par l'infraction et qu'il n'existe pas de raisons claires et valables d'exclure la justification de l'infraction.
La provocation policière
En ce domaine, les États sont libres de la retenir ou non comme cause d'impunité et de la définir puisque la Constitution ne statue pas à son sujet. Cependant, la jurisprudence fédérale ne la retient comme cause d'impunité que si elle émane d'un policier et non pas d'un particulier.
La Cour Suprême distingue la provocation admissible i.e., une provocation qui n'entraîne pas l'infraction, de la provocation inadmissible qui l'entraîne. Elle recommande de prendre en compte le passé de l'agent, le model penal code lui ne recommande que d'analyser le comportement du policier.
La sanction
Historique
L'histoire des sanctions du système pénal nord-américain obéit exactement au tryptique punir, surveiller, punir.
En effet, jusqu'à la fin du XIXième siècle, il suivra le modèle du justice model qui est un modèle punitif. Il s'agissait de blesser dans le corps et l'âme le coupable, en bref de punir.
A partir de la fin du XIXième siècle, à ce modèle se substitue le medical model qui se caractérise par une médicalisation de la pénalité. Ici, le coupable est vu comme un malade à soigner.
Il convient donc de lui appliquer un traitement particulier adapté à son mal d'où une individualisation des peines tant au niveau de la loi, que du prononcé de la peine - le juge propose non pas une peine précise mais une fourchette comprise entre un minimum et un maximum légal - on parle alors de indeterminate sentence law, et que de son exécution.
Dans ce dernier cas, c'est le parol board qui évalue continuellement le comportement de l'agent à la lumière des sciences médico-sociales (cf Les anormaux, M. Foucault, Hautes Etudes, Gallimard-Le Seuil) et qui détermine la date de libération avant l'échéance fixée par le juge.
Ce modèle prévaut jusque dans les années 1970 , date à partir de laquelle des voix s'élèvent contre cette violence psychologique à l'encontre des détenus. Sont aussi soulignées l'inefficacité du modèle (taux de récidive important), ses carences ainsi que l'excès de pouvoir donné au juge.
Ainsi revint-t-on progressivement au justice model i.e au modèle punitif.La répression
Correspondance entre peines et infractions
On distingue principalement :
Aspect constitutionnel
La peine de mort constitue-t-elle un châ ;timent cruel et inusuel ? La Cour Suprême répond à cette question pour la première fois en 1972 (Furman v. Georgia), en déclarant l'inconstitutionnalité fédérale d'une loi de Géorgie qui permettait que cette peine fût prononcée de manière particulièrement arbitraire et capricieuse. Ce n'était donc pas le principe qui était censuré mais seulement ses modalités d'application, telles qu'elles se présentaient d'ailleurs dans nombre d'États. Cette décision, rendue par 3 voix contre 4, a sans doute souffert du fait que chacun des juges de la majorité a rédigé une opinion concurrente. Deux juges seulement ont condamné le principe de cette peine, un autre a voté pour la censure parce qu'ils la trouvaient par trop discriminante à l'égard des minorités et les 2 autres juges parce qu'elle était prononcée de manière trop arbitraire.
Par la suite, les États qui souhaitaient maintenir cette peine ont procédé de 2 manières:
En 1995, 38 États prévoyaient
la peine de mort. Le dernier en date est l'État de New
York.
Le mode d'exécution capitale est de plus en plus
l'injection létale (25 États) mais existent encore la
chaise électrique, le gaz ou la pendaison. Les États
qui exécutent le plus sont le Texas (15 exécutions en
1993), la Floride, la Louisiane, la Géorgie et la
Virginie, États du sud-est des Etats-Unis ; 283 détenus
ont été exécutés entre 1977 et 1994.
Il y a actuellement 3000 condamnés en attente d'exécution
dans les couloirs de la mort dont 410 en Californie.
24 États ont des lois autorisant la condamnation à
mort et l'exécution d'accusés mineurs au moment des
faits, lois déclarées conformes à la Constitution par la
Cour Suprême en 1989. La même année, la
Cour Suprême a permis l'exécution des attardés
mentaux (Perry v. Lynaugh).
Il conviendra donc de noter que la peine de mort n'a
jamais été abolie mais seulement les lois par trop
arbitraires qui y conduisaient.
Conformément au
justice model,
les sentences prononcées sont déterminées (determinate sentencing laws) et prévoient des critères légaux
de leur fixation par le juge.
Elles sont largement amplifiables par ce dernier d'où un
pouvoir discrétionnaire jugé par trop excessif par
certains. Afin d'harmoniser les sanctions pour une peine
donnée, ont été créées des courbes présentant en
abscisse un niveau de passé pénal et en ordonnée 43
niveaux de gravité de crime. La
courbe ainsi obtenue propose un barême de peine à prononcer.
Si un juge s'écarte du barême, il doit motiver sa décision.
Le système fédéral propose un tel système.
D'autres États proposent l'obligation faite au juge de
toujours motiver sa décision ou en rendant l'appel
toujours possible.
Le juge peut discrétionnairement
décider si les peines seront concurremment ou consécutivement
appliquées.
Si l'infraction a lésé plusieurs entités
administratives distinctes, les peines s'exécutent consécutivement.
La surpopulation carcérale a eu plusieurs conséquences
pénales :
Elle peut prendre la
forme de :
Il concerne les atteintes aux mêmes valeurs sociales que l'ensemble des pays développés.
Les infractions contre les personnes
Les homicides
Avant de les énumérer, il convient de distinguer en corollaire ;
Les homicides intentionnels
Dans ce cas, la poursuite doit prouver que sans l'acte intentionnel de l'agent, la victime ne serait pas morte et que c'est l'acte qui est cause unique de la mort.
Ils se manisfestent par le tryptique : "intentionnel, délibéré, prémédité" ; La préméditation est laissée à l'appréciation des juges.Les homicides non intentionnels
Parmi lesquels on distingue les homicides praerintentionnels où l'intention porte sur la blessure mais pas sur la mort obtenue.
Les homicides se divisent en 2 grandes catégories :Les murders
Ce sont :
Le model penal code recommande la suppression des
felonies murder.
Les homicides intentionnels, ainsi
que les felony murders forment la catégorie des murders
du premier degré , tous les autres sont classés
dans les murder du deuxième degré.
Ce sont:
La légitime défense
Elle se définit comme une riposte raisonnablement nécessaire face à une agression illicite et imminente dirigée contre l'agent.
L'imperfect self defense en cas d'homicide
La défense d'autrui
La plupart des États y voient une cause d'impunité, sa définition varie selon les États.
Autres causes d'impunité
Elles concernent l'usage de la force non mortelle pour protéger les biens ou pour prévenir la commission d'une infraction.
Dans cette partie qui s'intéresse au déroulement de la
procédure pénale, seront successivement présentés les
sources du droit et le cheminement de la procédure.
Le fontes juris (sources du droit)
On en distingue 2.
Le common law
C'est le fond du système procédural. Le common law est basé sur la jurisprudence qui est le mode d'expression du droit découlant de la suite des précédents judiciaires. Il est donc le résultat d'une longue et fine sédimentation historico-judiciaire.
Il repose sur plusieurs principes :
Les divers droits écrits
On trouve pêle-mêle :
Celui-ci est lu et
interprété sur un fond de common law. L'intervention du législateur
est réduite à son strict nécessaire, celle-ci n'ayant
lieu que pour compléter le common law et produisant une loi (statute)
destinée à répondre à un besoin spécifique.
La loi est donc d'interprétation restrictive et le système
n'y fait recours que de façon exceptionnelle.
Ce bouleversement
historique dans le paysage juridique américain qui a eu
lieu dans les années 60-70, a érigé en droit
constitutionnel un certain nombre de garanties minimales
en faveur de l'accusé.
Il s'est articulé sur les 10 premiers amendements (Bill
of Rights ou charte de la liberté)ainsi que
sur le XIVième amendement de la Constitution.
On présente ci-dessous les plus significatifs :
On peut
approximativement affirmer que le droit fédéral est un
droit proche du droit romain et le droit étatique est un
droit de common law.
En outre, la force de la loi locale est inversement
proportionnelle au contrôle constitutionnel.
Les sources fédérales
Ce sont la Constitution et ses amendements qui fournissent le minimum standard de loyauté de la procédure.
Cependant, la forte autonomie judiciaire des États a pour conséquence une incomplétude des règles dégagées. Ainsi, le contrôle constitutionnel par la Cour Suprême n'est pas le même selon les amendements : très fort pour le IVième amendement, il l'est beaucoup moins pour la mise en accusation par un grand jury, qui constitue une partie du Vième amendement .Les sources étatiques
Droit législatif et Court rules définissent la mise en accusation ainsi que la recevabilité des preuves.
De plus, là où la loi locale est forte, les Court rules sont faibles et inversement. Le common law régit le reste.
On rappellera que les constitutions locales ne peuvent qu'étendre les garanties de la Constitution.
La procédure décrite ci-dessous est celle que l'on trouvera dans la majorité des États.
L'enquête policière
Celle-ci est menée par la police et le grand jury.
Le grand jury
C'est un organe de police judiciaire autonome, le juge et la poursuite ne pouvant accéder à ses travaux. Il travaille de façon hermétique sans avocat de la défense à l'insu parfois de l'accusé.
Ces derniers n'ont pas le droit d'obtenir la transcription de ses travaux. Il peut adresser des ordres pour obtenir témoignages et indices matériels.La collecte des preuves
Elles comprennent:
Les arrestations et fouilles corporelles
Celles-ci ne sont valables que si une raison plausible (probable cause) a motivé le policier qui les effectue. L'existence de la probable cause est vérifiée par un magistrate. Les mandats nécessaires aux arrestations et fouilles sont souvent délivrés à posteriori.
Perquisitions et saisies
Comme pour le cas précédent, la probable cause est nécessaire mais ici la délivrance du mandat par le magistrate s'effectue avant qu'elles n'aient lieu.
Le mandat est obtenu contre déclaration sous serment du policier, déclaration qui, de facto, établit la probable cause.
La délivrance du mandat est contestable par le suspect uniquement si celui-ci prouve la mauvaise foi du policier.
En outre, un mandat n'est pas nécessaire si l'atteinte à la vie privée est négligeable.Interrogations et aveux
Le suspect doit être présenté à un magistrate dans les heures qui suivent son arrestation puis est informé de ses droits. Parmi ceux-ci, celui promulgué par le Vième amendement qu'obligation ne peut être faite à un suspect de témoigner contre lui-même.
Les écoutes
Elles sont assimilées aux perquisitions et saisies. Le consentement d'un des interlocuteurs les légitime.
Les provocations
Elles sont irrégulières si elles entraînent l'infraction et si elles sont commises par un policier. Un informateur peut donc parfaitement entraîner une infraction.
De plus, la Cour Suprême valide la pratique d'informateurs rétribués et déclare recevables les preuves qu'ils apportent.L'irrecevabilité des preuves
La requête d'irrecevabilité des preuves (motion to suppress) est présentée par la défense à la trial Court lors de la procédure préliminaire.
Les exclusions de preuves frappent tant les irrecevables que celles qu'elles engendrent en vertu de la jurisprudence des fruits of the poisonous tree ; cependant des restrictions s'appliquent aux preuves suivantes :
Elle est à l'initiative
seule et absolue du procureur, il n'y a pas d'action
civile. Elle se déroulera différemment selon
l'infraction commise :
Une fois engagée, le procureur peut faire subir différents sorts à la poursuite.
La diversion
C'est soit :
C'est une négociation
entre la défense et la poursuite. L'accusé accepte
de plaider coupable ou de ne pas gêner la poursuite ou
encore de dénoncer des complices en l'échange de quoi
la peine éventuellement prononcée s'en trouvera allégée. De plus, l'accusé accepte de renoncer à certains de ses
droits constitutionnels :
Magistrate jugeant les misdemeanors
Elle se déroule en plusieurs étapes :
Elle se déroule en
plusieurs étapes:
On aura donc compris que cette audience n'est pas une
audience d'instruction mais est uniquement destinée à déterminer
si les charges sont suffisantes pour justifier la
continuation de la procédure. Le suspect ne peut être
interrogé.
Il se déroule en 3 étapes:
Les audiences préliminaires
Elles réalisent 2 fonctions:
On rappellera que l'on
n'y est conduit qu'aux conditions suivantes :