Voici une lettre de Linda White,
militante de l’association « Les Familles de Victimes pour la
Réconciliation »( Texas), parue en 2000 dans The Death Row Journal, merci à l’association Lamp of Hope de nous
permettre de la publier)
Pas
en mon nom !
Il y a treize ans, Cathy, ma fille
alors âgée de 26 ans, a été kidnappée puis violée et assassinée. Si
quelqu’un, m’avait dit alors qu’un jour
j’écrirais un article pour un journal destiné à la défense de condamnés à mort
et de leurs familles, je me serais posé des questions sur sa santé
mentale ! Quelqu’un a dit un jour que « la vie est ce qui vous tombe
dessus alors que vous avez de tout autres projets » et je peux vous affirmer
que c’est exact.
J’ai investi beaucoup de mon énergie à
refermer mes propres plaies durant les premières années et j’ai été
considérablement soutenue par mes amis et ma famille. Une autre source de
réconfort a été de lire des livres écrits par des gens qui avaient soufferts –
cela m’a permis de mieux connaître mes sentiments profonds de perte et de fin,
et de retrouver un sens à ma vie. J’en suis finalement venue à penser
une consolatrice et une éducatrice à la mort m’aiderait à poursuivre ce
processus de guérison et par la même occasion me permettrait d’être utile à
d’autres gens. Un an après le meurtre , je me suis
inscrite à l’Université dans cette seule optique. J’ai obtenu mon BS et mon MA
à l’Université
Sam Houston et depuis j’ai été professeur à temps partiel dans cette même
université en psychologie et philosophie. Au cours des trois dernières années,
j’ai donné des cours principalement en prison (Elis, Walls et Wynne Units –
note : 3 des prisons de Huntsville), quelques cours de psychologie, mais surtout
des cours traitant de la Mort et du fait de mourir. C’est sûrement la chose la
plus satisfaisante que j’ai jamais faite. Les étudiants me donnent plus chaque
jour que je ne leur donne, et je remercie Dieu chaque jour d’être capable de
mener à bien ce travail merveilleux.
Comment suis je passée de l’état de
mère de victime à celui d’enseignante en prison ? C’est une longue histoire sans doute ennuyeuse, aussi je vais
en donner une version courte ! Evidemment, la violence mène à la mort et à
des résultats mortifères et j’y ai réfléchi de plus en plus en donnant les
cours sur la Mort et le fait de mourir. Un incident m’a beaucoup
influencée : voir les réactions de certains de mes élèves
envers une jeune femme qui avait tué son propre enfant - il n’y avait pas de limites aux tortures
qu’ils auraient voulu lui infliger.
J’ai commencé alors à me rendre compte
de la violence avec laquelle nombre d’entre nous réagissaient à la violence des
autres, ne se rendant compte que de leurs
agressions et non de la leur propre. J’ai aussi commencé à noter la
façon dont notre société considère les délinquants et j’ai commencé à me poser
des questions sur quelques unes de mes idées reçues à propos de la violence et
de la justice.
J’ai alors fait des recherches sur les
comportements violents et leurs alternatives et je suis alors tombée sur un
superbe concept, celui de justice réparatrice. Cette justice traite du mal
subit par les individus et les communautés et non des crimes ; et tente de
réparer le mal plutôt que de punir quelqu’un. Cela conduit à se demander de quoi ont besoin les victimes, et
aussi les délinquants et à tenter de reconstruire des relations quand c’est
possible. Un des livres que j’ai lu durant cette période traitait de comment
pratiquer la foi chrétienne dans le domaine de la Justice criminelle, et
suggérait que si vous vouliez vraiment savoir ce qui se passait derrière les
barreaux, il vous fallait vous porter volontaire pour faire quelque chose en
prison. J’ai commencé à enseigner en prison quelques mois plus tard et j’y
enseigne toujours. Cela a changé ma vie.
Récemment quelques personnes partageant
cette vision commune de reconstruction plutôt que de châtiment se sont
regroupées pour former le groupe texan des « Familles de victimes pour la
réconciliation ». Nous ne sommes encore qu’un petit groupe mais nous
grandissons doucement. Nous espérons proposer une alternative aux groupes de
victimes qui prônent la vengeance et le châtiment.
Ces réactions sont compréhensibles et
naturelles après la mort violente d’un membre de la famille mais les victimes
ont besoin de plus qu’une juste colère – elles ont aussi besoin de guérir et nous aimerions les aider
en faisant plus que d’attiser les
flammes de leur colère. La colère est normale mais elle peut conduire à
utiliser les victimes pour augmenter le niveau de violence dans notre société.
Combattre la violence par la violence fait croître la violence, et finalement produit plus
de victimes
quand les délinquants quittent la prison sans avoir été guéri ou réhabilité et
qu’ils récidivent.
Nous sommes tellement enfermés dans un
système de punition que nous n’étudions même
pas leurs résultats ; d’une façon ou d’une autre cette façon de
voir à court terme doit s’arrêter.
Un des domaines où nous portons nos
efforts est l’abolition de la peine de mort. Ceux d’entre nous qui connaissent
le chagrin d’avoir perdu une personne aimée ne souhaitent pas étendre cette
peine à d’autres, pas même aux familles de ceux qui sont dans le couloir de la
mort. Nous croyons que le temps est venu de se battre pour la guérison et la
reconstruction de toutes les façons possibles
et de ne pas laisser la violence et la misère s’étendre. MVFR est ouvert
à tous ceux qui partagent notre vision des choses, et s’adresse spécialement
aux familles de victimes et aux familles de condamnés à mort, quiconque ayant
perdu, autrefois ou récemment , un proche par la
violence.
Témoignage de Troy J Clark, couloir de la mort du Texas
Le jour de Noël 2002,
quand je me suis réveillé, j’ai trouvé une chaussette pleine de friandises et
de bonnes choses. Je fus surpris de découvrir un message dans la
chaussette : « de la part de Saint Nicolas ». J’étais dans
ma cellule seulement depuis quelques mois et je ne connaissais pas grand monde.
J’ai demandé à mon voisin s’il savait ce que signifiait cette chaussette. Il me
répondit que c’était Larry et qu’il agissait ainsi chaque année. Alors je
m’adressais en criant à Larry et le remerciait. Mais il me répondit que ce
n’était pas lui mais Saint Nicolas qui m’avait fait ce cadeau !
Durant l’année
passée, je devins un bon ami et je fus très triste quand il m’annonça qu’il
abandonnait tous ses appels. Il me dit que toute la cruauté environnante le
rendait malade et qu’il souhaitait « rentrer à la maison », au
paradis !.
Je connais le malheur de vivre ainsi et respecte son choix. C’est dur de vivre
avec la mort. En écrivant, j’ai juste voulu témoigner sur cette chaussette de
Noël. Je n’oublierai jamais le jour où Saint Nicolas est passé dans le Couloir
de la Mort du Texas !
Aujourd’hui, 10
septembre 2003, est le jour où le Texas a tué Saint Nicolas. Qu’il repose
finalement en paix.
BREVES
Notre ami Bobby Ray
Hopkins a été exécuté le 12 février au Texas. Son avocat avait demandé à faire
refaire des tests ADN mais le procureur et le juge ne l’ont pas autorisé. Nous
pensons à lui, sa famille et aux membres de son comité de soutien en France.
Un courrier envoyé en
décembre a été égaré entre Pompignan et Paris. Il contenait des chèques
d’abonnements, des dons etc. Vérifiez vos envois et si un chèque, envoyé entre
novembre et décembre n’a pas été retiré, s’il vous plait, veuillez nous en
avertir.
2003 :
une année en demi-teinte pour la lutte pour l’abolition de la peine de mort
Cour Suprême des Etats-Unis
En 2003, la Cour
Suprême des Etats-Unis n’a pas pris d’arrêt décisif pour l’application de la
peine capitale, comme elle l’avait fait en 2002 avec Ring v. Arizona (les jurés
doivent décider de la peine, et non des juges) et Atkins v. Virginia (protection
des handicapés mentaux). Elle a ainsi refusé à plusieurs reprises d’examiner la
constitutionnalité de l’exécution des criminels mineurs au moment des faits.
En revanche, elle s’est saisie de
plusieurs dossiers sans portée générale. Dans le cas de Delma Banks, par exemple, la cour décidera si les cours d’appel
inférieures ont commis une erreur en rejetant les appels du condamné. Audience
en décembre 2003 pour une décision début 2004… Dans le cas de Kevin Wiggins, au Maryland, elle a donné
raison au condamné que ses avocats avaient mal défendu, négligeant d’enquêter
sur les tortures
dont il a fait
l’objet durant son enfance. Pour 2004, la cour a accepté de statuer sur la
constitutionnalité de l’exécution par injection létale (dossier Nelson v Alabama), d’examiner la
rétroactivité d’une décision de 1988 en Pennsylvanie (Beard v Banks, qui pourrait affecter des dizaines de condamnations
à mort dans cet Etat), de décider si une personne à la limite de l’arriération
mentale doit être épargnée ou non (Smith
v Dretke, Texas).
Au début des années 1990, environ 20%
des dossiers soumis à la cour suprême des Etats-Unis débouchaient sur un sursis
à exécution. Depuis 1996, on tourne plutôt autour de 5%, voire 3% pour
2002-2003. Cela signifie que les juges examinent moins les mérites individuels
de chaque dossier et souhaitent se désengager de la révision des dossiers de
peine de mort.
Etat fédéral / relations
internationales
Les jurés ont refusé de prononcer une
condamnation à mort dans 15 des 16 derniers procès fédéraux en peine capitale,
battant en brèche la politique très agressive de l’Attorney General John
Ashcroft qui a imposé à des procureurs de requérir la peine de mort quand ils
ne le souhaitaient pas. Selon le dernier sondage Gallup, d’octobre 2003, le
soutien à la peine de mort a atteint un plancher historique depuis 1978 (64%).
Parallèlement, l’opposition à la peine de mort, 32%, est le taux le plus élevé
depuis 1972. Cela étant, en mai, 47%
des Américains estimaient que la peine de mort devrait être appliquée
davantage. Par rapport à l’année précédente, la part de ceux qui pensent
qu’elle n’est pas assez appliquée a augmenté de 9 points.
C’est une large majorité bipartisane
(357 voix pour, 67 contre) qui a voté une loi qui donne aux condamnés à mort un
plus large accès aux tests ADN pour prouver leur innocence fin 2003. On
s’attend à ce que le Sénat la vote très largement aussi. La loi devrait coûter
près de 2 milliards de dollars sur 5 ans.
La cour internationale de justice qui
siège à La Haye a ordonné aux Etats-Unis de surseoir à l’exécution de 3
Mexicains dont les droits consulaires n’ont pas été respectés, et se réserve le
droit d’intervenir dans une cinquantaine d’autres dossiers. Les Etats-Unis ont
récemment exigé que la cour internationale de justice cesse d’interférer avec
les décisions judiciaires américaines.
Etats
Américains
Seuls 11 Etats ont conduit des
exécutions en 2003, les deux -tiers ont eu lieu dans 3 Etats (Texas, Oklahoma,
Caroline du Nord). Une poignée d’exécutions se sont tenues ailleurs que dans un
Etat du Sud. Désormais, ce sont plus de 100 villes ou collectivités locales qui
demandent un moratoire sur les exécutions. Cela fait 4 années consécutives que
le nombre de condamnations à mort diminue. En 2003, environ 138 condamnations
auront été prononcées, soit 20 de moins qu’en 2002, et en gros la moitié du
volume annuel moyen au cours des années 1990.
La nouvelle majeure de 2003 vient de l’Illinois, où l’ancien gouverneur a
accordé en janvier une grâce massive aux 167 condamnés à mort. Tout au long de
l’année 2003, la législation sur la peine de mort y a été amendée, reprenant
des recommandations émises par la commission qui avait étudié la question 2 ans
durant : limitation du nombre de crimes capitaux, droits de l’accusation
et instructions aux juges et aux jurés encadrés, interdiction d’exécuter des
retardés mentaux, enregistrement des interrogatoires, accès plus large aux
tests ADN, programme pilote pour améliorer la fiabilité des témoignages
oculaires, comité chargé de faire un rapport annuel sur les discriminations
raciales et géographiques… Les pro-peine de mort
réclament désormais la levée du moratoire sur les exécutions. 2 hommes y ont
été condamnés à mort en 2003.
Au Texas,
on n’observe aucune avancée encourageante. Des projets de loi pour protéger les
handicapés mentaux et introduire une peine de prison à vie sans libération
conditionnelle ont échoué. Un scandale a touché le laboratoire d’analyse
scientifique de la police de Houston. Des vérifications de ses tests ADN ont
été entamées par une société privée indépendante. A ce jour elles ont porté sur
102 dossiers, dont 23 montrent des erreurs d’interprétation. Un journaliste a
mis en lumière l’hypocrisie de la procédure de clémence sous Bush : les mémos
préparés étaient fort légers et clairement pro-accusation, bafouant ainsi ce
que doit être une procédure de grâce, qui est un acte politique et non
judiciaire. Plus de 150 exécutions ont été commises durant les 6 ans où Bush a
été gouverneur du Texas. Seul espoir en 2003 : plusieurs sursis en fin
d’année pour examiner l’éventuel handicap mental de condamnés en passe d’être
exécutés.
Le gouverneur Frank Keating de l’Oklahoma laisse une trace
sanglante : avec 50 exécutions pendant son double mandat, il détient le
record de son Etat. En 2001 l’Oklahoma se situait au 4ème rang
américain pour le nombre d’exécutions.
Les cinq Etats directement concernés
par Ring v Arizona (Arizona, Idaho,
Colorado, Montana, Nebraska) ont d’ores et déjà changé leur loi de peine de
mort pour s’y conformer.
Innocence
Project
2003 marque un pic historique dans les
libérations du couloir de la mort, avec dix condamnés innocentés. Au total, 112
condamnés à mort ont été innocentés depuis 1976.
Une branche de l’Innocence Project -
association qui utilise la technologie ADN pour prouver l’innocence de
prisonniers - a été créée en Floride en 2003. Depuis 1992, l’Innocence Project
a contribué à innocenter 127 personnes.
Mineurs
Un mineur a été exécuté en 2003 (Scott
Hain en Oklahoma) contre 3 en 2002 (Toronto
Patterson, TJ Jones et Napoleon Beazley
au
Texas). Kevin Stanford a été grâcié par le
gouverneur sortant du Kentucky. Lee Boyd Malvo a été condamné à la prison à vie
et non à mort par le premier jury qui l’a jugé pour la vague de meurtres
commise en octobre 2002.
La Cour Suprême du Missouri a déclaré
inconstitutionnelle l’application de la peine de mort aux criminels mineurs au
moment des faits.
Il est plus rare que des mineurs soient
condamnés à mort aux Etats-Unis : la tendance est à la baisse depuis 15
ans, avec un plancher historique en 2003 (2 condamnations à mort de mineurs
contre 4 en 2002, 7 en 2001, 14 en 1999).
Femmes
Des condamnations à mort ont été
prononcées en 2003 à l’encontre de femmes, dont 2 dans des Etats qui n’en
avaient condamné aucune à ce jour : Donna Roberts en Ohio, condamnée pour
le meurtre de son ex-mari. Teresa
Lewis devient quant à elle la première femme condamnée à mort en Virginie
depuis 90 ans - elle a été condamnée pour le meurtre de son mari et de son
beau-fils, motivé par le désir de toucher une assurance- vie.
Dans le monde
Fiji a aboli la peine de mort. L’Iran a
aboli la peine de mort par lapidation. L’Arménie a aboli la peine de mort, afin
de respecter les obligations qu’implique son appartenance au conseil de
l’Europe. La Roumanie, la Lituanie ont ratifié le protocole n°13 de la
Convention Européenne des Droits de l’Homme. Il concerne l’abolition de la
peine de mort en toutes circonstances.
L’ABOLITION DE LA PEINE DE MORT
EN FRANCE : UNE RETROSPECTIVE
Julie Le Quang Sang (1°partie)
Le
9 octobre 1981, la peine de mort était abrogée en France, au terme de deux
siècles de débats et de tentatives d’abolition avortées[1]. Beaucoup s’accordent à
considérer de nos jours l’événement dépassé, le sujet dénué d’intérêt.
L’expansion de la peine de mort dans le monde, l’allongement de l’échelle des
peines en Europe, le durcissement du système répressif en France depuis 1981 laissent à penser que la question n’est pas aussi anodine qu’il
y paraît. Bien qu’une vingtaine d’années aient passé, l’abolition de la peine
capitale ne va pas de soi : elle est l’aboutissement de longues luttes
visant à limiter le pouvoir régalien de l’Etat à punir jusqu’à ôter la vie d’un
homme et à promouvoir une justice plus « humaniste », sans pour
autant être inefficace. De Beccaria aux abolitionnistes de 1981, en passant par
leurs prédécesseurs en 1906, la question de l’utilité d’une peine de
substitution, en remplacement de la peine suprême, n’a cessé d’être un facteur
de clivages au sein du camp abolitionniste, autant qu’un moyen de transaction
pour rallier une fraction des anti-abolitionnistes à la cause de l’abrogation.
Revenir sur la genèse de cet événement, longtemps qualifié d’historique, et
certains de ses avatars, notamment sur l’épisode méconnu de 1906, où la peine
de mort faillit être abolie, est donc loin d’être un exercice de style.
Jusqu’au
milieu du XVIIIe siècle, les vertus d’exemplarité de la peine de
mort ne sont nullement remises en cause. La peine suprême est commune et prend
des formes variées. On date traditionnellement de 1764, année de la publication
du Traité des Délits et des Peines du
marquis Cesare Beccaria, la naissance du mouvement abolitionniste. Sur le
terreau d’affaires judiciaires retentissantes, ce mouvement se développa grâce
au ralliement d’une élite de philosophes, dont Voltaire, et d’hommes de loi,
avocats prestigieux surtout (Bergasse, Thouret, Tronchet), mais aussi, dans une
moindre mesure, magistrats progressistes et libéraux (Lepelletier de Saint
Fargeau[2], Adrien Duport[3]). Ayant investi des
comités stratégiques, tel le Comité de Constitution et de Législation
Criminelle, par exemple, les promoteurs du nouvel ordre judiciaire affichèrent
leur souci de lier les réformes pénales à l’abrogation de la peine de mort.
Outre la réorganisation du système de justice criminelle, ils s’attachèrent à
promouvoir un code pénal rationalisant les peines et leur mode d’exécution,
comme en témoignaient la suppression des supplices, l’institution de la prison
pénale[4] et l’abolition de la peine
de mort, au profit du cachot. Une conjoncture politique défavorable
(instabilité politique, radicalisation de la Révolution, péril
contre-révolutionnaire, …), alliée à des dissensions sur le problème de la
peine de remplacement, firent échouer l’abolition. Dans le même temps, le
durcissement des peines en droit et dans la pratique judiciaire, exprimé par de
nombreuses condamnations à des peines éliminatoires et d’éloignement du
territoire, montre qu’on est bien loin des ambitions réformatrices du
début : l’heure était désormais venue de lutter pour la mise en place et
la stabilisation du nouveau régime en assurant la protection les intérêts
républicains.
Vers la fin du Second
Empire, une nouvelle génération d’hommes émerge et s’achemine lentement vers le
pouvoir jusqu’à la victoire politique des radicaux (gauche modérée) sous la IIIe République,
en 1906. Ces radicaux sont, pour la plupart, issus de la petite et moyenne
bourgeoisie, en particulier des professions libérales (médecins hygiénistes,
vétérinaires, avocats). Dans un contexte politique et social troublé par de
multiples grèves, impulsées par la CGT et soutenue par la SFIO, la frange
supérieure des avocats radicaux, soucieuse de souder ses rangs autour d’un
programme de défense républicaine, réactiva le programme législatif pénal sur
lequel s’étaient appuyés les radicaux lors des élections en 1869. A très forte
charge idéologique, ce programme prévoyait une vaste réforme judiciaire :
réformes de la magistrature, des codes[5], de la détention
préventive, des jurys ainsi que la suppression de la peine de mort. Si, dans un
premier temps, les abolitionnistes pouvaient espérer mobiliser leurs partisans
autour de leur cause, avec une offensive parlementaire prometteuse en
1905-1906, la recomposition des forces en présence, puis le revirement du
rapport des forces en 1907, apogée du mouvement, préludèrent à l’échec de
l’abolition en 1908. C’est au moment où des campagnes sécuritaires se
développaient, sur fond de politisation du débat, que la question de
l’abrogation de la guillotine fut soulevée. Contre toute attente, le choix du
Garde des Sceaux, Guyot-Dessaigne, d’éviter toute abolition de facto, au profit d’une abolition
complète et de droit, entraîna l’avortement du projet en 1908. L’essor de la
petite délinquance, et en particulier de la récidive, mis à jour par les
statistiques officielles, ajouté au développement d’une campagne de presse
autour du meurtre et du viol d’une enfant par un dénommé Soleilland en 1907,
furent l’occasion pour les partisans de la peine capitale de stigmatiser le
laxisme du gouvernement radical dans la lutte contre le crime. Soutenus par une
fraction des magistrats, peu favorables à la République depuis l’épuration de
la magistrature à la fin du siècle, alliés à des notables locaux, des jurés se
mobilisèrent contre le projet Clemenceau. Issus du monde de la boutique et de
l’artisanat et perméables au discours sécuritaire, ils lancèrent une campagne
de pétitions à la Chancellerie et multiplièrent des condamnations capitales,
afin de manifester leur désapprobation vis-à-vis de la pratique de grâces
systématiques initiée par le Président Fallières depuis son accession à la tête
de l’Etat en 1906. Entrèrent dans la bataille des médecins notoires, animés par
une conception hygiéniste des pénalités et en rivalité avec l’élite du barreau
au pouvoir, et un grand quotidien populaire, « Le Petit Parisien »,
dirigé par l’opposition politique, pour qui une campagne de presse autour du
crime de Soleilland était une opération politique et commerciale. Le décès du
Garde des Sceaux, le remaniement de la commission des lois au profit des
adversaires de l’abrogation, puis sa volte-face sur le problème de la peine
suprême, alliés à des divisions internes au camp abolitionniste sur la question
de la peine de remplacement, eurent raison du projet à la Chambre des Députés
en 1908.
JAMES E. MCWILLIAMS nous écrit
depuis l’Alabama
En
1985, j’ai été arrêté pour viol, cambriolage et meurtre d’une femme dans un
magasin. Les pièces à conviction ont été transmises à deux laboratoires
différents mais je n’ai jamais pu connaître les résultats car aucun test ADN
n’a été pratiqué.
Au terme du procès, j’ai été déclaré coupable, condamné à
perpétuité et à la peine de mort. ‘ai épuisé ma première série d’appels et aujourd’hui,
j’entame mes derniers recours.
Depuis
mon procès, j’ai découvert que l’accusation avait dissimulé de nombreuses
preuves à mes avocats et à moi-même. Aujourd’hui je me bats pour trouver un juge
qui accepte de contraindre les procureurs à présenter les échantillons ADN sur
lesquels ils ont refusé que des tests soient pratiqués
Je cherche également à obtenir que des
analyses soient effectuées sur les empreintes digitales prélevées sur le lieu du
crime, et là où le véritable meurtrier a touché la voiture volée pour la
dernière fois.
De
nombreuses preuves démontrent que je ne suis ni le violeur, ni le cambrioleur,
ni le meurtrier . Un expert du GBI (
Georgia Bureau of Investigations) aujourd’hui à la retraite, a examiné
mon dossier et découvert que la vérité
avait été falsifiée. Il est prêt à déclarer que le témoignage sous serment des
enquêteurs ne correspond pas aux preuves physiques. Il est en mesure de prouver
les mensonges sous serment du premier enquêter au sujet de ma culpabilité ( un exemplaire de son rapport est disponible).
Pour
la première fois j’ai des avocats en mesure de prouver mon innocence…Le juge
refuse de présenter les preuves dont je dispose ou d’ordonner des tests ADN. Mon
cas est en cours d’examen par une nouvelle juridiction. Si cette cour d’Alabama
refuse de casser ma condamnation, je serai forcé d’aller devant une cour
fédérale. Là, j’aurai une dernière chance de présenter les preuves et
témoignages qui prouvent mon innocence.
J’ai
besoin d’aide pour y arriver.
Contact :
Laurent Madar 06 03 96 18
.
Directrice de la
Publication : Colette Berthès
Ont collaboré à ce numéro : Linda White, Céline
Rouquette, James mcWilliam, Troy J Clark, et Julie Le Quang sang
Pour
soutenir LPJ, pour adhérer, pour commander…
Adresse
postale……………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………courriel………………
J’adhère
à lutte pur la justice et verse ma cotisation de 15 euros (7,50 pour les étudiants et précaires)
Je
fais un don de :
(si ce don est destiné à un condamné à mort, bien inscrire son nom au
dos du chèque)
Je
commande : ….. livre
« La Machine à tuer » de Colette Berthès au prix unitaire de 15 euros
…... CD Odell Barnes Blues (
prix 13 euros, port inclus)
…… affiches, cartes
postales, boutons noirs, (prix 0,75 euro l’unité)
……. Dossiers
« peine de mort aux Etats Unis »(prix ;7,5
euros port inclus).
Commande
et chèques à l’ordre de LPJ et adressé à
LPJ, 216 chemin de Figarol 82170
Pompignan
[1] J. Le Quang Sang, « La loi et le bourreau : la
peine de mort en débats (1870-1985) », Paris, L’Harmattan, 2001.
[2] Membre de la haute aristocratie d’Ancien Régime, Président
à mortier au Parlement de Paris, rang le plus élevé de la magistrature, Le
Pelletier de Saint Fargeau fut le rapporteur du projet de code pénal en 1791.
[3] Avec l’avocat Target, Duport contribua à l’élaboration de
la Déclaration des Droits de l’Homme en rédigeant notamment les articles sur la
loi et les peines. Considéré comme l’un des chefs de file de la gauche, il
domina l’Assemblée Constituante en 1790. Malgré l’échec du jury civil qu’il
tenta de promouvoir, l’introduction du jury criminel dans le système judiciaire
français est probablement l’une des plus grandes réussites de Duport.
[4] Les réformes consacrent l’introduction et la généralisation
de l’emprisonnement. La prison est alors conçue comme peine privative de
liberté. Elle était auparavant un simple lieu d’enfermement où l’on attendait
d’être jugé et exécuté.
[5] Codes pénal, de procédure pénale,
militaire…