Lettre Capitale - Juin 2005 Le bulletin d'information de Lutte pour la Justice |
Comme tous les grands journaux et magazines nous proposons à nos lecteurs un grand jeu « Qui a dit ? » Réponses au bas du présent document ! 1 « A cause de l'échec spectaculaire de la réforme du système, parce que nous avons vu la justice reculer pour un grand nombre de condamnés à mort avec des requêtes légitimes, parce que la peine capitale de [ …] est arbitraire et capricieuse, donc immorale, je ne bricolerai plus avec la machine à tuer. » 2 « Les attentats du 11 septembre 2001 en plein cœur de New York ont apporté, une fois de plus, un démenti cinglant autant que tragique au mythe de l'exemplarité de la peine capitale : lorsque les assassins sont prêts au sacrifice suprême pour provoquer un maximum de victimes et de dégâts, de dissuasive qu'elle prétend être, la peine de mort devient une arme offensive. » 3 « La société a le devoir moral et le droit de se défendre contre ses ennemis. Cette évidence naturelle et préhistorique n'a jamais été réfutée. Si en donnant la mort, la société est réellement protégée... alors dans ce cas, la punition la plus extrême peut se justifier. » 4 « Nul ne peut être retranché de l'humanité » 5 « Je suis touché par cette affaire et j'ai cherché conseil en priant. J'en ai conclu qu'il en revient à Dieu de juger le cœur et l'âme d'un condamné à mort. Le rôle de l'état est d'appliquer nos lois et que chaque individu soit traité de la même manière à la lumière de ces lois. Dieu puisse bénir K, ses victimes et leurs familles. » 6 « Tout un peuple se damne autour d'un échafaud. » 7 « Elle s'était infligé la peine suprême, la peine de mort que s'apprêtaient à réclamer contre elle procureur et partie civile ;… l'institution refusa ce don ; elle préfère, en effet, à la noblesse de la mort volontaire, l'horreur de la mort qu'on inflige, spécialement au terme d'une boucherie. » 8 « Il n'y a pas de moyen honorable de tuer, pas de manière douce pour détruire. »
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J'ai passé cinq jours à la prison du Comté de Walker, à Huntsville, Texas pour « avoir franchi la ligne » en face du Walls Unit pendant l'exécution d'Anthony Fuentes le 17 Novembre 2004. Ma femme Peggy et moi-même étions en face de la prison, avec environ 75 manifestants dont Ursula, la grand mère d'Anthony, qui tremblait de la tête aux pieds en sachant ce qui se passait dans la prison. Je me suis dit alors « je ne peux pas rester juste là avec mon signe de protestation encore une fois…il faut que je fasse quelque chose de plus. » Et alors je franchis la clôture de ruban jaune entourant la scène du crime que les employés de la prison avaient tendue en travers de la rue pour empêcher les opposants à l'exécution de se rassembler devant la prison pendant l'exécution. L'officier de police, de l'autre côté de la clôture m'avertit que je serais arrêté si je ne revenais pas en arrière. Quand je refusais, ils me menottèrent rapidement et me séparèrent des autres manifestants jusqu'à ce que l'exécution soit terminée. Ils me conduisirent alors à la prison du comté, prirent mes empreintes digitales, ma photo et m'habillèrent avec la tenue de la prison et me gardèrent trois heures jusqu'à ce que Peggy me fasse sortir de là. Ma comparution fut fixée au 20 janvier 2005. Je fus condamné à choisir entre le versement de 500 $ d'amende ou 5 jours en prison. Je choisi de faire les 5 jours en prison en signe de protestation contre la peine de mort et aussi pour ne pas donner de l'argent au Comté de Walker, ce comté qui a exécuté 339 personnes depuis que la peine de mort a été rétablie au Texas en 1982. J'ai passé ces cinq jours dans une cellule avec 11 autres détenus tous bien plus jeunes que moi ( j'ai 63 ans). Et pendant ce séjour en prison j'ai compris combien la prison déshumanise. La cellule , la « boîte » était faite d'acier et de béton et n'avait pas de fenêtre ouvrant à l'extérieur ; elle ressemblait à un donjon. La vie privée était réduite au minimum, le bruit constant et la nourriture mauvaise. Cependant le plus difficile pour moi fut de me réchauffer. Le système de chauffage était en panne et la couverture qu'on m'avait fournie datait d'avant la guerre de Sécession, frangée sur les bords et très mince. Je visite des condamnés du Couloir de la Mort depuis plusieurs années. La plupart d'entre eux sont en prison depuis longtemps, en attente de cette affreuse date d'exécution, et espérant qu'un événement heureux se produira entre temps. Je comprends mieux maintenant ce qu'ils vivent dans une minuscule cellule de 6 pieds sur 1, 23 heures par jour, non respectés et parfois même brutalisés par les gardiens. Dans le Couloir de la mort il n'y a ni programme de travail, ni récréation en groupe, ni services religieux ni télévision. Il n'y a pas de mots pour décrire ces conditions inhumaines autres que « punition cruelle et inhabituelle ». Quand la peine de mort sera abolie – et ce jour arrivera - nous devrons alors, c'est un minimum, donner des conditions de vie humaines et des opportunités de croissance à tous les hommes et toutes les femmes qui sont enfermés, et cela si nous voulons être une société civilisée. Mon passage en prison m'a fait souvenir des mots d'Eugène Debs (que m'a transmis mon amie Marta Glass il y a plusieurs années) : « Tant qu'existe une classe pauvre, j'en fais partie. Tant qu'existe un élément criminel, j'en fait partie et tant qu'il y a une âme en prison, je ne suis pas libre. »
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Quelques incohérences, injustices et zones d'ombre de la procédure :
Actuellement, une avocate a été contactée. Elle accepterait de se charger de l'appel de John pour la moitié de son tarif habituel (soit 125 dollars de l'heure au lieu de 250) mais réclame un premier versement de 10 000 dollars pour la réserver. Actuellement, avec le don de 500 euros fait dernièrement par LPJ, le Justice Fund de John compte 3 000 dollars. C'est donc 7 000 dollars qu'il nous faut trouver dans les mois qui viennent.
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Depuis plus de 8 ans il se bat pour faire reconnaître son innocence et pour dénoncer les irrégularités et les manipulations qui ont eu lieu au cours de son procès. Entre autre :
Des informations supplémentaires et plus détaillées sont disponibles sur : www.kennethfoster.de et www.visionsforlief.net Aujourd'hui nous avons besoin de soutiens et de fonds pour deux raisons :
Cette manifestation est organisée pour plusieurs condamnés, par les divers correspondants de Kenneth et par les deux associations qui le soutiennent : Visions For Life ( www.visionsforlief.net USA) et ALIVE ( www.kennethfoster.de Allemagne).
- d'acheter le recueil de poésie que Kenneth a réussi à publier en 2001 : Tribulation's eyes (en anglais) au prix de 10 euros. Les commandes peuvent être faites auprès des correspondants français. L'achat de livres, les dons peuvent être faits par l'intermédiaire des correspondants français : Emilie Artaud, membre LPJ (chuby17@aol.com) et Angela Huguet (berbel.francis@wanadoo.fr) qui peuvent aussi vous donner plus de renseignements.
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Michaël a été condamné à mort en 1995 au Texas accusé d'avoir battu à mort sa cousine et le mari de celle-ci, dont il était voisin. Le mobile du meurtre semble avoir été le vol Le seul élément reliant Michaël à ce meurtre est la nature des blessures des victimes qui auraient pu avoir été faites par un couteau qui avait appartenu à Michaël. Cela a suffi à emporter la conviction de jury ! Plusieurs années plus tard, au cours d'un appel, il a été révélé que l'avocat commis d'office, J. Nonnan, avait dormi pendant une bonne partie du procès et n'avait pas produit le témoignage d'un individu qui reconnaissait sa responsabilité pour ce crime. Depuis, la Cour Suprême des Etats Unis a ordonné qu'un nouveau procès soit organisé.
Martine Rossi nous annonce avec joie la sortie du Couloir de la Mort de Alberto Valdez, son correspondant au Texas. Alberto veut continuer son combat pour faire reconnaître son innocence et avoir une chance de quitter un jour la prison.
Rappelons que Rickey avait été sauvé de l'exécution quelques jours avant son exécution en août 2003 : l'équipe de défense avait argumenté sur le handicap mental de Rickey. Depuis la Cour de Tyler a rejeté en audience le handicap de Rickey ouvrant la voie à une nouvelle date d'exécution. L'équipe de la défense a déposé une requête demandant de présenter le cas devant la Cour fédérale. Cette requête a été acceptée par la Cour du 5° Circuit (15/04/05). Quant à David L Thomas, il est maintenant défendu par un avocat commis d'office, Ken Hennis, qui fait partie d'un cabinet d'avocats abolitionnistes. Il est passé en audience en été 2004 et le jugement ést toujours en instance.
De nombreuses lettres et textes de détenus intéressants à publier nous parviennent. La pagination de lettre capitale n'étant pas extensible, il nous arrive de publier ces textes avec retard. Mais ils gardent tous un grand intérêt. Voici une lettre reçue il y a peu de notre ami Théo du Texas puis un texte plus ancien de Robert Simon Jr du Missouri qui nous disent comment ils arrivent à supporter la vie dans le Couloir...
En prison on confond souvent respect de soi et réputation. Il paraît que ce que vous ne distinguez pas bien de vous même, les autres le voient clairement. Pendant des années j'ai trop fait attention à ce que les autres pensaient de moi. Cette façon destructrice de penser m'a souvent conduit à l'affrontement. Les gens négatifs qui m'entouraient et mes actes produits par mon ignorance m'ont enfoncé toujours plus dans l'obscurité. Le changement est venu après que j'ai rompu avec ces gens négatifs qui m'entouraient. Le fait de changer a entraîné contre moi des accusations affreuses, des mensonges et parfois de la haine. Des rumeurs lancées par des hypocrites et des peureux ont alors circulé avec aussi de la jalousie et de l'envie. On m'a montré du doigt. La bêtise contre laquelle je m'élevais autrefois avec de l'agressivité, j'en viens à bout maintenant avec de la patience et en pardonnant. Faire ainsi m'a pris du temps mais j'ai réalisé que mes actions me blessaient bien plus qu'elles ne blessaient les autres. Aujourd'hui je peux voir les fruits de mes efforts. J'ai accompli un grand changement qui à son tour aide à changer ce qui m'entoure. Je sis que mon voyage ne fait que commencer mais j'ai maintenant une vision claire de ce que je dois accomplir.
Il y a de nombreuses années, avant d'entrer dans le Couloir de la Mort, j'aurais pu dire que mon endroit préféré était une de ces belles plages au sable blanc et fin et à l'eau bleue. Mais maintenant je pourrais dire, sans l'ombre d'un doute, que mon endroit préféré est quelque part en moi que personne ne peut voir. Cet endroit me permet de rêver, de m'émerveiller, de parcourir le monde et de méditer. Cet endroit intime est vraiment spécial : quelque soit le nombre de chaînes entourant mes mains ou mes jambes je peux toujours me promener dans ce monde que j'ai choisi. Je fais mon possible pour penser de façon positive et fuir les ennuis, mais parfois l'environnement ne m'en laisse pas l'occasion. Je m'évade vers mon endroit spécial, la nuit, quand la plupart des gens dorment. Parfois aussi, dans la journée, je mets les écouteurs de ma radio et médite en écoutant de la musique. Si j'étais encore libre, je ne connaîtrais pas cet endroit spécial qui est en moi car à l'époque que ma vie allait à toute vitesse il me semblait manquer quelque chose en ralentissant. Maintenant je suis dans un endroit où je n'ai pas d'autre choix que de ralentir. Ma pratique de la méditation s'est développée au point que les choses se présentent à moi clairement. Quand je sors de ma méditation, je suis en alerte et un peu inquiet car j'ai l'impression d'avoir fait quelque chose d'interdit et je ne veux pas que les gardes m'attrapent. Je suis sûr que les gens auraient une vie plus facile et satisfaisante s'ils connaissaient cet endroit spécial qui est en eux. Lundi, j'ai semé des graines de fleurs dans un jardin vide et je les ai regardées pousser et fleurir en moins de dix minutes. J'ai même vu une couleur que je n'avais jamais vue auparavant. Mardi, j'ai conduit ma fille qui a 14 ans au parc pour un déjeuner sur l'herbe et une longue conversation. Mercredi, j'ai joué avec mes deux chiens dans le champ de cotonniers entourant notre maison, dans le sud. Ils semblaient y prendre autant de plaisir que moi ! Jeudi, je suis allé à la pêche avec ma mère et quand elle a fait des commentaires avec lesquels je n'étais pas d'accord, je lui ai donné un gros baiser au lieu d'argumenter comme j'avais coutume de le faire. Vendredi, je suis parti sur la lune avec mon meilleur ami et nous avons discuté de ce que nous apercevions en bas. Samedi, je suis allé tout seul au restaurant et j'ai dévoré un grand repas et bu deux bouteilles d'un bon vin dont je savais pas dire le nom. Aujourd'hui, c'est dimanche et j'irai peut-être voir un match de volley professionnel féminin avec mes frères ou je m'assoirai avec Nelson Mandela, Georges Jackson, Fred Hampton et Ronald Carter, et nous discuterons justice et psychologie sociales. Quoi que je décide de faire aujourd'hui, cela sera dans mon endroit spécial en moi ! |
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On parle peu des femmes condamnées à mort. Pourtant, aux Etats-Unis, elles sont 52, soit 1,4% des condamnés... Guillemette Faure a pu en interviewer 12, non sans mal ! En effet, l'exécution très médiatisée de Karla, n'a pas eu d'impact sur les autres condamnées (8 ont été exécutées depuis). Leurs conditions de vie sont plus difficiles que les hommes, elles sont plus isolées (parfois une seule par état) peu médiatisées et ont peu de visites et de correspondants. L'administration pénitentiaire est un véritable « sanctuaire de la culture macho » les gardiens, les procureurs ou les médias semblent avoir du mal à les comprendre ! « Personne ne peut comprendre exactement ce que je ressens… Le mieux que l'on puisse espérer c'est une correspondante ».
1) Gouv. Ryan, 2) Roland Marx (de LPJ, dans le courrier des lecteurs de Télérama !) 3) Gouv. Brown, 4) Jean Jaurès 5) Georges Bush, à propos de l'exécution de Karla Faye Tucker !, 6) Baudelaire, 7) Paul vergès, 8) Président Lincoln. |