Lettre Capitale - Juin 2005

Le bulletin d'information de Lutte pour la Justice

 

Le grand jeu de l'été !

Comme tous les grands journaux et magazines nous proposons à nos lecteurs un grand jeu «  Qui a dit ? » Réponses au bas du présent document !

1 « A cause de l'échec spectaculaire de la réforme du système, parce que nous avons vu la justice reculer pour un grand nombre de condamnés à mort avec des requêtes légitimes, parce que la peine capitale de [ …] est arbitraire et capricieuse, donc immorale, je ne bricolerai plus avec la machine à tuer. »

2 « Les attentats du 11 septembre 2001 en plein cœur de New York ont apporté, une fois de plus, un démenti cinglant autant que tragique au mythe de l'exemplarité de la peine capitale : lorsque les assassins sont prêts au sacrifice suprême pour provoquer un maximum de victimes et de dégâts, de dissuasive qu'elle prétend être, la peine de mort devient une arme offensive. »

3 «  La société a le devoir moral et le droit de se défendre contre ses ennemis. Cette évidence naturelle et préhistorique n'a jamais été réfutée. Si en donnant la mort, la société est réellement protégée... alors dans ce cas, la punition la plus extrême peut se justifier. »

4 «  Nul ne peut être retranché de l'humanité »

5 « Je suis touché par cette affaire et j'ai cherché conseil en priant. J'en ai conclu qu'il en revient à Dieu de juger le cœur et l'âme d'un condamné à mort. Le rôle de l'état est d'appliquer nos lois et que chaque individu soit traité de la même manière à la lumière de ces lois. Dieu puisse bénir K, ses victimes et leurs familles. »

6 « Tout un peuple se damne autour d'un échafaud. »

 7 « Elle s'était infligé la peine suprême, la peine de mort que s'apprêtaient à réclamer contre elle procureur et partie civile ;… l'institution refusa ce don ; elle préfère, en effet, à la noblesse de la mort volontaire, l'horreur de la mort qu'on inflige, spécialement au terme d'une boucherie. »

8 « Il n'y a pas de moyen honorable de tuer, pas de manière douce pour détruire. »

Les auteurs : Gouv. Bush, Jacques Vergès, Baudelaire, Roland Marx, Gouv Brown, Gouv. Ryan, Président Lincoln, Jean Jaurès.


"Tant qu'il y a un être en prison, je ne suis pas libre"

Cinq jours en prison pour un acte de désobéissance civile, ce n'est pas bien long mais ce fut assez long pour que je prenne conscience de l'impact déshumanisant de la prison sur l'âme humaine.

J'ai passé cinq jours à la prison du Comté de Walker, à Huntsville, Texas pour « avoir franchi la ligne » en face du Walls Unit pendant l'exécution d'Anthony Fuentes le 17 Novembre 2004. Ma femme Peggy et moi-même étions en face de la prison, avec environ 75 manifestants dont Ursula, la grand mère d'Anthony, qui tremblait de la tête aux pieds en sachant ce qui se passait dans la prison.

Je me suis dit alors « je ne peux pas rester juste là avec mon signe de protestation encore une fois…il faut que je fasse quelque chose de plus. » Et alors je franchis la clôture de ruban jaune entourant la scène du crime que les employés de la prison avaient tendue en travers de la rue pour empêcher les opposants à l'exécution de se rassembler devant la prison pendant l'exécution. L'officier de police, de l'autre côté de la clôture m'avertit que je serais arrêté si je ne revenais pas en arrière. Quand je refusais, ils me menottèrent rapidement et me séparèrent des autres manifestants jusqu'à ce que l'exécution soit terminée. Ils me conduisirent alors à la prison du comté, prirent mes empreintes digitales, ma photo et m'habillèrent avec la tenue de la prison et me gardèrent trois heures jusqu'à ce que Peggy me fasse sortir de là.

Ma comparution fut fixée au 20 janvier 2005. Je fus condamné à choisir entre le versement de 500 $ d'amende ou 5 jours en prison. Je choisi de faire les 5 jours en prison en signe de protestation contre la peine de mort et aussi pour ne pas donner de l'argent au Comté de Walker, ce comté qui a exécuté 339 personnes depuis que la peine de mort a été rétablie au Texas en 1982.

J'ai passé ces cinq jours dans une cellule avec 11 autres détenus tous bien plus jeunes que moi ( j'ai 63 ans). Et pendant ce séjour en prison j'ai compris combien la prison déshumanise. La cellule , la « boîte » était faite d'acier et de béton et n'avait pas de fenêtre ouvrant à l'extérieur ; elle ressemblait à un donjon. La vie privée était réduite au minimum, le bruit constant et la nourriture mauvaise. Cependant le plus difficile pour moi fut de me réchauffer. Le système de chauffage était en panne et la couverture qu'on m'avait fournie datait d'avant la guerre de Sécession, frangée sur les bords et très mince.

Je visite des condamnés du Couloir de la Mort depuis plusieurs années. La plupart d'entre eux sont en prison depuis longtemps, en attente de cette affreuse date d'exécution, et espérant qu'un événement heureux se produira entre temps. Je comprends mieux maintenant ce qu'ils vivent dans une minuscule cellule de 6 pieds sur 1, 23 heures par jour, non respectés et parfois même brutalisés par les gardiens. Dans le Couloir de la mort il n'y a ni programme de travail, ni récréation en groupe, ni services religieux ni télévision. Il n'y a pas de mots pour décrire ces conditions inhumaines autres que «  punition cruelle et inhabituelle ». Quand la peine de mort sera abolie – et ce jour arrivera - nous devrons alors, c'est un minimum, donner des conditions de vie humaines et des opportunités de croissance à tous les hommes et toutes les femmes qui sont enfermés, et cela si nous voulons être une société civilisée.

Mon passage en prison m'a fait souvenir des mots d'Eugène Debs (que m'a transmis mon amie Marta Glass il y a plusieurs années) :

«  Tant qu'existe une classe pauvre, j'en fais partie. Tant qu'existe un élément criminel, j'en fait partie et tant qu'il y a une âme en prison, je ne suis pas libre. »

David Atwwod, de la Coalition Texane pour l'abolition de la peine de mort, printemps 2005 (publié dans Seeking Justice in Texas).


John Curtis Dewberry

L'affaire : le 3 janvier 1995, John est arrêté pour le meurtre d'Elmer Rode, ancien doyen de l'université de Beaumont, commis juste avant Noël. La victime étant très connue, le meurtre fait grand bruit. John et son frère sont arrêtés. Les deux adolescents sont arrêtés sur la foi d'un témoin. John est mineur au moment de son arrestation, il a 17 ans. Suite à un accident de voiture à 16 ans, il est devenu dépendant des antalgiques, et boit souvent avec son grand-père. Le jour de l'arrestation, il a fumé de la marijuana. Sous l'emprise de la drogue et de l'alcool, c'est à peine s'il est conscient lorsqu'il est emmené pour interrogatoire, et il signe sous la contrainte les aveux que la police rédige.

  Quelques incohérences, injustices et zones d'ombre de la procédure :

•  L'homme qui a dénoncé les deux frères avait été arrêté pour plusieurs crimes et était en libération conditionnelle. Le procureur a levé les charges qui pesaient contre lui et l'infraction à la libération conditionnelle, lui épargnant une possible condamnation à la prison à perpétuité en échange de son aide dans l'inculpation et la condamnation de John.

•  Une lettre écrite à Elmer Rode par un prisonnier est cachée à la défense par l'accusation. Elle signifie à Elmer Rode qu'il devrait se méfier d'un homme nommé Sundown. Plusieurs personnes déclarent avoir vu Elmer Rode se disputer avec un individu non identifié juste avant sa mort.

•  Plusieurs personnes ont entendu le témoin clef de l'accusation se vanter du crime ; ces témoignages ne seront pas pris en compte.

•  Les empreintes et les cheveux retrouvés au domicile et sur le corps d'Elmer Rode sont comparés avec ceux de John : aucune similitude n'est trouvée.

•  Les avocats commis d'office n'avaient jamais plaidé dans un procès en peine capitale auparavant.

Développements récents : le 1er mars 2005, la Cour suprême des Etats-Unis a aboli la peine de mort pour les mineurs, estimant qu'exécuter un délinquant âgé de moins de 18 ans au moment des faits était contraire à la Constitution. John sera donc automatiquement recondamné à la prison à vie d'ici les semaines qui viennent. Cette excellente nouvelle a cependant des conséquences fâcheuses : John va perdre le droit à l'aide juridictionnelle, et doit donc plus que jamais trouver les fonds pour se payer un avocat. Son objectif est en effet de continuer ses appels pour faire casser son procès initial et avoir une chance d'être reconnu non coupable et libéré.

Actuellement, une avocate a été contactée. Elle accepterait de se charger de l'appel de John pour la moitié de son tarif habituel (soit 125 dollars de l'heure au lieu de 250) mais réclame un premier versement de 10 000 dollars pour la réserver. Actuellement, avec le don de 500 euros fait dernièrement par LPJ, le Justice Fund de John compte 3 000 dollars. C'est donc 7 000 dollars qu'il nous faut trouver dans les mois qui viennent.

Actions entreprises : John dessine des cartes de vœux (Noël, Saint Valentin, anniversaire, Pâques…) qu'il vend pour participer au financement de sa défense. Très déprimé par des exécutions de plusieurs amis en 2004, découragé, il avait cessé d'écrire à la plupart de ses correspondants mais les dernières semaines lui ont redonné le moral et il s'efforce de se construire un réseau d'amis fidèles par la correspondance. Quelques adhérents et correspondants ont promis de faire des dons pour John. Une aide complémentaire serait donc la bienvenue, sous forme financière bien sûr mais aussi sous forme d'idées et de coups de main !!!

 

Contacts : Céline Rouquette
Appartement 1084
8 rue des Gallois
31400 Toulouse
celine.rouquette@wanadoo.fr


Kenneth E. Foster Jr.

Le 1er mai 1997, Kenneth Foster, jeune Africain Américain alors âgé de 20 ans, a été condamné à mort par la loi des parties. Il a été condamné non pas pour avoir commis un meurtre mais pour ne pas avoir prévu, anticipé qu'un des 3 hommes avec lesquels il était un soir d'Août 1996, allait en commettre un et pour ne pas l'avoir empêché ou dénoncé.

Depuis plus de 8 ans il se bat pour faire reconnaître son innocence et pour dénoncer les irrégularités et les manipulations qui ont eu lieu au cours de son procès.

Entre autre :

- La victime était le fils d'un avocat influent de San Antonio ce qui a entraîné une très forte médiatisation et d'importantes pressions autour de l'affaire

- L'avocat commis d'office lors du procès (au cours duquel Kenneth a été jugé avec le meurtrier avéré) était incompétent. Il n'a pas fait d'enquête sur le passé de Kenneth. Il l'a présenté d'une façon qui l'a totalement desservi en omettant de parler de son passé (ce qui aurait pu lui fournir des circonstances atténuantes.).

- De plus, la loi dite « des parties » et les circonstances du crime ont été détournées. Des évènements ayant eu lieu plus tôt dans la soirée (vols), qui n'avaient aucun rapport avec le meurtre ont été pris en compte pour pouvoir requérir la peine capitale. Au meurtre est venu s'ajouter un vol de la victime qui n'a jamais été commis ni même envisagé.

- A cela viennent s'ajouter : un marchandage à la texane avec le témoin clé de l'accusation (un des 4 hommes présents) qui s'est ensuite rétracté, un autre témoin (le dernier homme) qui aurait pu disculper Kenneth n'a pas pu témoigner….

Des informations supplémentaires et plus détaillées sont disponibles sur : www.kennethfoster.de et www.visionsforlief.net

Aujourd'hui nous avons besoin de soutiens et de fonds pour deux raisons :

  • En mars 2005 Kenneth a gagné un appel fédéral qui permettra peut être d'avoir un nouveau procès et donc une chance de voir sa sentence commuée (même si ce n'est pas assez, ce serait un bon début). Mais nous avons besoin d'aide pour financer sa défense.
  • La deuxième raisons est que : Kenneth milite activement depuis les couloirs de la mort. Il essaie d'organiser pour début Juillet un Festival militant à Houston et/ ou Austin. Divers artistes seront présents (les Welfare Poets de New York ont déjà participé à un évènement en octobre 2004). La manifestation vise évidemment à informer, sensibiliser le public au cœur du Texas. Nous cherchons donc à rassembler des fonds pour mener à bien ce projet et aider au financement des transports, hébergements… mais aussi pour payer l'impression de tracts, l'achat de livres… pour alimenter les stands sur place.

Cette manifestation est organisée pour plusieurs condamnés, par les divers correspondants de Kenneth et par les deux associations qui le soutiennent : Visions For Life ( www.visionsforlief.net USA) et ALIVE ( www.kennethfoster.de Allemagne).

Pour le soutenir il est possible :

- d'acheter le recueil de poésie que Kenneth a réussi à publier en 2001 : Tribulation's eyes (en anglais) au prix de 10 euros. Les commandes peuvent être faites auprès des correspondants français.

L'achat de livres, les dons peuvent être faits par l'intermédiaire des correspondants français : Emilie Artaud, membre LPJ (chuby17@aol.com) et Angela Huguet (berbel.francis@wanadoo.fr) qui peuvent aussi vous donner plus de renseignements.

 

Kenneth E. Foster Jr.
# 999232 Polunsky Unit
3872 FM 350 South
Livingston, Texas 77351
USA


Nouvelles des Comités et groupes de soutien

Michaël Gonzales 999174, 31 ans, soutenu par Christiane Delaveaux.

Michaël a été condamné à mort en 1995 au Texas accusé d'avoir battu à mort sa cousine et le mari de celle-ci, dont il était voisin. Le mobile du meurtre semble avoir été le vol

Le seul élément reliant Michaël à ce meurtre est la nature des blessures des victimes qui auraient pu avoir été faites par un couteau qui avait appartenu à Michaël. Cela a suffi à emporter la conviction de jury !

Plusieurs années plus tard, au cours d'un appel, il a été révélé que l'avocat commis d'office, J. Nonnan, avait dormi pendant une bonne partie du procès et n'avait pas produit le témoignage d'un individu qui reconnaissait sa responsabilité pour ce crime.

Depuis, la Cour Suprême des Etats Unis a ordonné qu'un nouveau procès soit organisé.

Pour plus d'infos :

Martine Rossi nous annonce avec joie la sortie du Couloir de la Mort de Alberto Valdez, son correspondant au Texas. Alberto veut continuer son combat pour faire reconnaître son innocence et avoir une chance de quitter un jour la prison.

Le Comité LPJ/Languedoc Roussillon qui soutient Rickey L. Lewis (Texas) et David L. Thomas (Floride) a tenu son AG en avril 2004. Le rapport moral et d'activités fait état des nombreuses actions menées tout au long de l'année pour Rickey, défendu par les avocats Mike Charlton  et Gérald Biernabaum : articles, émissions de radio, conférences, rencontres dans des lycées, vente du livre, etc.

Rappelons que Rickey avait été sauvé de l'exécution quelques jours avant son exécution en août 2003 : l'équipe de défense avait argumenté sur le handicap mental de Rickey.

Depuis la Cour de Tyler a rejeté en audience le handicap de Rickey ouvrant la voie à une nouvelle date d'exécution. L'équipe de la défense a déposé une requête demandant de présenter le cas devant la Cour fédérale. Cette requête a été acceptée par la Cour du 5° Circuit (15/04/05).

Quant à David L Thomas, il est maintenant défendu par un avocat commis d'office, Ken Hennis, qui fait partie d'un cabinet d'avocats abolitionnistes. Il est passé en audience en été 2004 et le jugement ést toujours en instance.

Une bonne nouvelle... en France : nous ne pouvions pas ne pas parler de la décision historique rendue le 11 avril 2005 au sujet de l'affaire Seznek. Comme l'a déclaré Denis Seznek qui mène le combat pour la justice et la réhabilitation depuis de nombreuses années : «  Pour la première fois, les magistrats ont montré qu'ils commencent à ne plus vivre dans l'illusion de leur infaillibilité. Ils auront admis, enfin, un doute suffisant pour demander la révision  ». Il s'agit bien entendu de la révision du procès du grand père de M. Seznek condamné aux travaux forcés à perpétuité il y a quatre-vingt ans alors qu'il se disait innocent et qu'aucune preuve réelle n'avait pu être retenue contre lui.

Ils écrivent depuis les Couloirs de la Mort

De nombreuses lettres et textes de détenus intéressants à publier nous parviennent. La pagination de lettre capitale n'étant pas extensible, il nous arrive de publier ces textes avec retard. Mais ils gardent tous un grand intérêt. Voici une lettre reçue il y a peu de notre ami Théo du Texas puis un texte plus ancien de Robert Simon Jr du Missouri qui nous disent comment ils arrivent à supporter la vie dans le Couloir...

De Théodore Goynes

En prison on confond souvent respect de soi et réputation. Il paraît que ce que vous ne distinguez pas bien de vous même, les autres le voient clairement. Pendant des années j'ai trop fait attention à ce que les autres pensaient de moi. Cette façon destructrice de penser m'a souvent conduit à l'affrontement. Les gens négatifs qui m'entouraient et mes actes produits par mon ignorance m'ont enfoncé toujours plus dans l'obscurité.

Le changement est venu après que j'ai rompu avec ces gens négatifs qui m'entouraient. Le fait de changer a entraîné contre moi des accusations affreuses, des mensonges et parfois de la haine. Des rumeurs lancées par des hypocrites et des peureux ont alors circulé avec aussi de la jalousie et de l'envie. On m'a montré du doigt. La bêtise contre laquelle je m'élevais autrefois avec de l'agressivité, j'en viens à bout maintenant avec de la patience et en pardonnant. Faire ainsi m'a pris du temps mais j'ai réalisé que mes actions me blessaient bien plus qu'elles ne blessaient les autres.

Aujourd'hui je peux voir les fruits de mes efforts. J'ai accompli un grand changement qui à son tour aide à changer ce qui m'entoure. Je sis que mon voyage ne fait que commencer mais j'ai maintenant une vision claire de ce que je dois accomplir.  

De R Simmons : Mon endroit préféré et ce qu'il veut dire pour moi 

Il y a de nombreuses années, avant d'entrer dans le Couloir de la Mort, j'aurais pu dire que mon endroit préféré était une de ces belles plages au sable blanc et fin et à l'eau bleue. Mais maintenant je pourrais dire, sans l'ombre d'un doute, que mon endroit préféré est quelque part en moi que personne ne peut voir.

Cet endroit me permet de rêver, de m'émerveiller, de parcourir le monde et de méditer. Cet endroit intime est vraiment spécial : quelque soit le nombre de chaînes entourant mes mains ou mes jambes je peux toujours me promener dans ce monde que j'ai choisi.

Je fais mon possible pour penser de façon positive et fuir les ennuis, mais parfois l'environnement ne m'en laisse pas l'occasion. Je m'évade vers mon endroit spécial, la nuit, quand la plupart des gens dorment. Parfois aussi, dans la journée, je mets les écouteurs de ma radio et médite en écoutant de la musique. Si j'étais encore libre, je ne connaîtrais pas cet endroit spécial qui est en moi car à l'époque que ma vie allait à toute vitesse il me semblait manquer quelque chose en ralentissant. Maintenant je suis dans un endroit où je n'ai pas d'autre choix que de ralentir. Ma pratique de la méditation s'est développée au point que les choses se présentent à moi clairement. Quand je sors de ma méditation, je suis en alerte et un peu inquiet car j'ai l'impression d'avoir fait quelque chose d'interdit et je ne veux pas que les gardes m'attrapent.

Je suis sûr que les gens auraient une vie plus facile et satisfaisante s'ils connaissaient cet endroit spécial qui est en eux.

Lundi, j'ai semé des graines de fleurs dans un jardin vide et je les ai regardées pousser et fleurir en moins de dix minutes. J'ai même vu une couleur que je n'avais jamais vue auparavant. Mardi, j'ai conduit ma fille qui a 14 ans au parc pour un déjeuner sur l'herbe et une longue conversation. Mercredi, j'ai joué avec mes deux chiens dans le champ de cotonniers entourant notre maison, dans le sud. Ils semblaient y prendre autant de plaisir que moi ! Jeudi, je suis allé à la pêche avec ma mère et quand elle a fait des commentaires avec lesquels je n'étais pas d'accord, je lui ai donné un gros baiser au lieu d'argumenter comme j'avais coutume de le faire. Vendredi, je suis parti sur la lune avec mon meilleur ami et nous avons discuté de ce que nous apercevions en bas. Samedi, je suis allé tout seul au restaurant et j'ai dévoré un grand repas et bu deux bouteilles d'un bon vin dont je savais pas dire le nom. Aujourd'hui, c'est dimanche et j'irai peut-être voir un match de volley professionnel féminin avec mes frères ou je m'assoirai avec Nelson Mandela, Georges Jackson, Fred Hampton et Ronald Carter, et nous discuterons justice et psychologie sociales. Quoi que je décide de faire aujourd'hui, cela sera dans mon endroit spécial en moi !

VIE DE L'ASSOCIATION

Salon du livre des Droits de l'Homme - 19 et 20 mars 2005, à Paris

Lutte pour la Justice a participé le 20 mars 2005 au premier salon du livre des droits de l'Homme organisé par la fédération de Paris de la Ligue des Droits de l'Homme que nous remercions pour cette initiative.

De nombreuses associations y avaient un stand tenus par des adhérentes de LPJ (pas de messieurs ! ! !)

Aline Montfort, notre secrétaire, a participé à une table ronde en compagnie de Marie Agnès Combesque pour la LDH et d'un représentant de l'ACAT et du Comité de soutien à Mumia Abou Jamal sur l'abolition universelle de la Peine de mort. Les exposés et questions ont porté sur la récente interdiction d'exécuter des mineurs, le retrait de la Convention de Vienne. Le problème de la France a aussi été abordé, ainsi que celui de terrorisme et peine de mort. La représentante de LPJ est surtout intervenue dans la partie « soutien aux condamnés et correspondance », au sujet des associations américaines abolitionnistes avec lesquelles nous travaillons et a évoqué notre projet de réunion des petites associations qui défendent un ou deux condamnés à mort .

Nous espérons que ce salon sera reconduit l'an prochain et ferons notre possible pour y être pendant les deux jours !

Rencontre débat :

C' était le 20 mai au Lycée professionnel de Decazeville ( Aveyron). Colette Berthès a rencontré des élèves de terminale pendant deux heures autour de l'histoire d'Odell et du système judiciaire américain.

Le site LPJ  :

Franck Zanni, notre webmaster, nous a communiqué des chiffres relatifs à notre site, toujours aussi intéressant : en douze mois ( Juin 2004/ Mai 2005) on note plus de 67 000 accès au site . Ce qui est positif, c'est de constater que ces visites ont beaucoup augmenté passant de 3 987 en Juin 2004 à 7 879 en avril 2005 avec une pointe à 10 215 en mars 2005. (www.lpj-france.net)

Envoi d'argent à vos correspondants :

Eva Delacroix, notre trésorière, nous indique que vous pouvez très facilement envoyer de l'argent à votre correspondant depuis votre bureau de poste, sans passer par LPJ quand il s'agit de dons personnels touchant à la vie quotidienne. D'une part ce sera plus rapide, d'autre part cela permettra à Eva, notre trésorière, déjà bien occupée, de libérer un peu de temps.

Il vous faut tout d'abord demander à votre correspondant de vous envoyer un bordereau d'envoi fourni par l'administration pénitentiaire. Votre correspondant peut même pré remplir ce document avant de vous l'envoyer. Pour les dons concernant la défense des condamnés, il faut continuer à passer par LPJ, et Eva vous enverra un reçu fiscal.

A la poste il faut demander un formulaire spécial envoi de mandat international pour les Etats-Unis et le remplir soigneusement. Payez en liquide et l'argent part vers l'administration de la prison.

Par ailleurs vous mettez sous enveloppe le bordereau bien rempli que votre correspondant vous a fourni et vous l'envoyez à l'a prison (l'adresse est notée sur le formulaire). N'oubliez rien et surtout pas en bas votre adresse complète. Faites une copie de ce document au cas où ! Et prévenez votre correspondant de la somme envoyée et du jour du départ ! Voilà c'est tout !

Le marathon de Londres :

Michel Vaschalde est un des fondateurs du comité de soutien à Charles Thompson, condamné à mort au Texas.

Charles a réussi à faire casser la sentence de mort et a donc accès à un nouveau procès pour une nouvelle sentence. Ce procès se tiendra en août prochain ce qui est très court pour réunir des fonds pour sa défense.

Voici des extraits du récit de Michel qui a, pour Charles, participé en avril au marathon de Londres et a « vendu » des kilomètres courus au profit de Charles !

« …je sais que je ne cours pas seulement pour moi , mais pour Charles et tous mes amis en France qui ont donné ou pas de l'argent pour l'association…Je n'aurai pas le droit de les décevoir et il faudra que j'aille au bout de la course. ...Dimanche 17 avril c'est mon anniversaire, j'ai aujourd'hui 45 ans et je vais courir un des plus prestigieux marathon du monde pour un homme condamné à mort."

Avec plus de 36 000 coureurs, le départ est scindé sur trois sites différents…le temps est superbe…l'heure du départ approche.

Première constatation, mes jambes sont lourdes et mettent du temps à se dérouiller. Le rythme vient au bout de quelques kilomètres…Les miles s'enchaînent maintenant…je ressens de plus en plus les effets de la fatigue dans mon corps mais pas question de s'arrêter ou de marcher…Je pense beaucoup à Charles dont le nom et la photo sur le tee shirt dans mon dos me poussent à garder la volonté de ne rien lâcher et d'aller jusqu'au bout….

Enfin les derniers miles ! J'approche des quatre heures de course désormais…Voilà, ça y est la ligne est franchie. Je pense tout de suite à toi, Charles, à toi qui es là bas dans ta cellule de 3 mètres sur 4. Je viens de courir en homme libre, comme ces 35 000 hommes et femmes, alors que toi, tu ne peux que marcher quelques minutes par jour, les chaînes aux pieds, les menottes dans le dos, avant qu'on ne te remette dans ta cage de béton et d'acier pour une nouvelle journée interminable, identique à la précédente et à la suivante…J'y suis arrivé, je l'aif ait pour toi et pour vous tous. Je ne ressens aucune fierté, simplement le sentiment du devoir accompli ; j'ai fait ce que mon cœur m'avait dit de faire, c'est tout.

Je dois te dire merci Charles pour les leçons de courage et d'humilité que tu nous donnes à tous et merci de m'avoir offert l'anniversaire le plus riche en émotion que je pourrai jamais vivre.

STILL SURVIVING de Nanon Williams, éditions La Sterne, sortira à la rentrée, préfacé par Christian Salmon, fondateur du Parlement International des Ecrivains et auteur de nombreux ouvrages. Il est toujours en souscription au prix de 15 euros port inclus. Prix public :18 euros.

Tenir Debout de Nanon Williams. Le livre sortira en Septembre ou octobre. Vous pouvez toujours le commander au prix de 15 euros port inclus et il vous sera envoyé dès sa parution. Nanon, condamné à mort à l'âge de dix sept ans, ne court plus, depuis le 1er mars, le risque d'être exécuté. Mais s'étant toujours dit innocent, il veut continuer à se battre pour faire réviser son procés et reconnaître son innocence.

Le livre sera préfacé par Michel Salmon, écrivain, fondateur du Parlement International des Ecrivains et de la revue Autodafé.

Note de lecture sur « Je ne suis pas Karla » de Guillemette Faure, ed. Le Serpent à plumes:

On parle peu des femmes condamnées à mort. Pourtant, aux Etats-Unis, elles sont 52, soit 1,4% des condamnés... Guillemette Faure a pu en interviewer 12, non sans mal ! En effet, l'exécution très médiatisée de Karla, n'a pas eu d'impact sur les autres condamnées (8 ont été exécutées depuis). Leurs conditions de vie sont plus difficiles que les hommes, elles sont plus isolées (parfois une seule par état) peu médiatisées et ont peu de visites et de correspondants. L'administration pénitentiaire est un véritable « sanctuaire de la culture macho » les gardiens, les procureurs ou les médias semblent avoir du mal à les comprendre ! « Personne ne peut comprendre exactement ce que je ressens… Le mieux que l'on puisse espérer c'est une correspondante ».

Réponses au jeu de l'été :

1) Gouv. Ryan, 2) Roland Marx (de LPJ, dans le courrier des lecteurs de Télérama !) 3) Gouv. Brown, 4) Jean Jaurès 5) Georges Bush, à propos de l'exécution de Karla Faye Tucker !, 6) Baudelaire, 7) Paul vergès, 8) Président Lincoln.

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